« Vas-y, écris! »

16 10 2012

Martine Cavanagh est auteure de trois ouvrages sur l’apprentissage de l’écriture. Elle est professeur agrégé du Campus St-Jean de l’Université de l’Alberta.

Bonjour à toutes et à tous !

Je suis ravie d’avoir l’occasion de dialoguer avec vous au sujet d’un thème qui me passionne et qui nous préoccupe tous, celui de l’enseignement de l’écriture à l’école. Je vais vous parler un peu de mon cheminement en espérant que cela vous donnera envie de dialoguer.

Quand j’étais à l’école, disons-le franchement, on ne m’a pas vraiment enseigné à écrire. On me donnait un sujet et on me disait : « vas-y, écris ! ». J’avais alors une heure pour pondre un texte qui allait plaire à la maîtresse. Une fois le texte écrit, la maîtresse le lisait en prenant soin d’encercler mes fautes en rouge. La plupart du temps, je m’en tirais avec une bonne note, mais sans trop savoir pourquoi. Parallèlement à ces moments consacrés à l’écriture, nous faisions beaucoup d’exercices de grammaire hors contexte. Ainsi, dans ma tête d’enfant, un bon texte, c’était d’abord et avant tout un texte sans fautes (il fallait éviter l’erreur à tout prix), propre (il fallait éviter les ratures) et long (il fallait écrire le plus possible).

Plus tard, quand je me suis retrouvée enseignante, je me suis surprise à enseigner l’écriture à mes élèves comme on me l’avait enseignée. J’ai vite remarqué que ma méthode, qui privilégiait le produit au détriment du processus, ne faisait pas grande différence dans le développement de la capacité de mes élèves à rédiger des textes de qualité. Cette situation me tracassait, d’autant plus que je savais que l’écriture est une compétence indispensable pour bien réussir à l’école. Aux prises avec une certaine frustration mêlée à l’envie d’en savoir plus, je me posais alors toutes sortes de questions. J’en partage quelques-unes avec vous :

  • Qu’est-ce qu’un bon texte ?
  • Que font les bons scripteurs dans leur tête quand ils écrivent ?
  • Que font les scripteurs peu habiles ?
  • Quel type de soutien devrais-je offrir à mes élèves pour les amener à écrire des textes cohérents ?
  • Par où commencer ?
  • Quelle est la place de la grammaire dans l’enseignement de l’écriture ?

Un jour, je suis tombée sur le livre de Jacques Tardif intitulé « Pour un enseignement stratégique ». Ce livre fut pour moi une révélation. En gros, l’auteur disait que les apprenants forts se distinguent des plus faibles par leur capacité à mobiliser des stratégies efficaces. Je me suis alors demandé comment on pourrait bien appliquer les principes de l’enseignement stratégique à l’enseignement de la production écrite.

Cette question, qui a été au cœur de mon travail de doctorat, m’a amenée à concevoir un modèle d’enseignement de l’écriture axé sur les stratégies d’écriture et à développer du matériel pédagogique pour soutenir les enseignants dans l’enseignement de l’écriture de plusieurs types de texte. D’ailleurs, peut-être que certains d’entre vous avez déjà utilisé mes ouvrages sur le texte d’opinion, le récit ou le texte explicatif. En passant, je suis en train d’écrire un livre plus général sur l’enseignement explicite de l’écriture. Si vous avez des conseils à me donner, n’hésitez pas !

Assez parlé de moi. Et vous, qu’est-ce qui vous questionne par rapport à l’écriture et à son enseignement ? Je suis ouverte à toutes vos questions.

Au plaisir de vous lire !

Martine

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10 responses

16 10 2012
charles baurin

C’est avec plaisir que j’ai lu votre article et je vais vous offrir mes commentaires à ce sujet dans quelques jours, vu mon emploi du temps de ces derniers jours. Je suis intéressé à vous proposer une approche pour inciter, motiver nos jeunes à se lancer dans le monde de l’écriture.
À bientôt,
Charles Baurin

16 10 2012
Martine Cavanagh

Très bien !
J’attends vos propositions avec impatience !
Martine

21 10 2012
charles baurin

Bonjour à tous,
Parlons peu mais parlons bien! Ce qui résume ce que je pense dans l’apprentissage de l’écriture avec nos étudiants!
Je ne suis pas fou de livres et ni d’autres « soutiens » pour aider l’étudiant, par contre, un enseignant, sensible à la langue, à son apprentissage et à son écriture, pourra certes aider le « scripteur » à se laisser baigner dans le domaine de l’écriture!
Ce dont je parle relève de mes connaissances et de mon expérience, je ne fais pas de publicité pour ce que je publie même si ce lien http://www.lettropolis.com vous donnera un coup d’œil sur mon manuel de références grammaticales « Ma grammaire de poche ».
Tout d’abord, l’écriture « devrait » naître de discussions, de lectures et autres. L’écriture est une activité qui doit être motivée, ne pas savoir quoi écrire ne peut pas nous amener à une belle écriture!
Dans mes classes, je « motive » la discussion, la lecture, le débat, la curiosité, …
Quelques exemples : on lit le Petit Prince », on visite des galeries d’art, on écoute de la musique, …
Puis ensemble, on note ce qui a retenu notre attention (travail collectif), ensuite chacun écrit ce qu’il/elle ressent (ce qui touche l’affectif, le personnel, les sens, …).
J’insiste toujours d’abord sur la qualité par rapport à la quantité, c’est-à-dire qu’écrire 5 lignes (ou 10) le plus correctement possible (la grammaire et le style sont enseignés, parallèlement ou directement à partir des textes écrits par les étudiants) est de loin supérieur à écrire 20, 30 lignes avec un français médiocre!
Tout étudiant qui se disciplinera à écrire quelques idées sur un sujet qui retiendra son attention, pourra, avec le temps et l’expérience, « agrandir » son champ écritorial, son champ grammatical, son champ idéologique…
Après un travail d’écriture, ayant relevé les erreurs majeures, « nous » corrigeons ensemble les erreurs, le quoi, le pourquoi, le comment tout en offrant diverses possibilités d’expression. Je favorise surtout l’acte créatif dans le domaine de l’écriture (la poésie en fait partie!), le tout dans une forme stylistique correcte (même si personnalisée) avec un soutien grammatical « exigeant ».
Voilà ce que je pense, ce que je fais et ce qui réussit chez mes étudiants. N’hésitez pas à régir ou à demander plus d’informations!
Bien à vous,
Charles Baurin

16 10 2012
Manon

Bonjour Mme Cavanagh,

Quand vous parlez de stratégies d’écriture, est-ce que vous vous référez aux traits d’écriture?

Manon

19 10 2012
Martine Cavanagh

Bonjour Manon,

Non, je ne me réfère pas aux traits d’écriture. Les traits d’écriture renvoient à des critères qui servent à évaluer la qualité du texte en fonction des idées, du choix de mots, de la structure du texte, de la voix, de la fluidité et de l’orthographe grammaticale. Quand on évoque les traits d’écriture, on se situe au niveau du texte en tant que produit fini. Par contre, avec les stratégies, on se situe davantage au niveau du processus d’écriture. L’idée est d’enseigner aux élèves de façon explicite des stratégies de planification, de mise en texte et de révision pour les amener à rédiger des textes bien organisés, qui répondent à une intention de communication précise et dont les phrases s’enchaînent bien.

J’espère que j’ai répondu à votre question.

Martine

16 10 2012
François

Bonjour Martine,

Je suis enseignant de 4e année en immersion précoce. Je n’éprouve pas trop de difficultés à faire écrire des textes informatifs à mes élèves, mais lorsqu’il s’agit d’écrire des textes narratifs, j’ai des élèves qui n’ont pas d’idée et je me demande comment les aider. Auriez-vous des stratégies à me proposer.

Je vous remercie à l’avance de votre réponse.

20 10 2012
Martine Cavanagh

Bonjour François,
En toute humilité, je crois que le livre Stratégies pour écrire un récit imaginaire, publié aux Éditions de la Chenelière pourrait peut-être vous être utile.

Dans le livre, avant même de faire écrire les élèves, on leur propose une série d’activités de lecture axées sur l’exploitation d’un schéma pour qu’ils construisent des connaissances sur la structure du récit. La notion de structure renvoie aux différentes parties du texte et à la façon dont ces parties fonctionnent ensemble. Au moment de la planification du texte, ces connaissances structurales vont grandement aider l’élève à trouver des idées et à les assembler en un tout cohérent.

Après ces activités de lecture de récits, on propose aux élèves les 6 stratégies de planification suivantes :
1. Faire un choix éclairé (pour bien choisir la situation d’écriture)
2. Examiner à la loupe (pour bien comprendre la situation retenue)
3. Gonfler le portrait (pour bien connaître mon personnage principale)
4. Remplir le tableau (pour visualiser le lieu dans lequel se déroule le récit)
5. Répondre aux journalistes (pour faire un résumé de mon récit)
6. Jeter un coup d’œil (pour obtenir une vue d’ensemble de mon récit)

Chaque stratégie est représentée visuellement sur une feuille aide-mémoire.
L’enseignant planifie son propre récit devant les élèves en modelant les stratégies, c’est-à-dire en exprimant à voix haute les questions qu’il se pose, les difficultés qu’il rencontre, etc. Parallèlement, les élèves emploient les stratégies enseignées dans le contexte de leur propre situation d’écriture.
De plus, pour faciliter l’utilisation des stratégies par les élèves, on met à leur disposition toutes sortes d’outils, tels que des banques de mots et d’images.

Voici un aperçu de ce que je propose pour que les élèves aient des idées pour écrire des récits intéressants. En fait, c’est tout un processus qui est mis en œuvre par le biais des stratégies !

Martine

21 10 2012
Bernard Appy

Bonjour,
S’agit-il bien pour vous de reprendre les techniques de l’enseignement explicite (modelage, pratique guidée, pratique autonome) en expression écrite ?
Si c’est le cas, je suis très intéressé par votre projet de livre.
Instituteur depuis 35 ans, je connais toutes les difficultés de l’enseignement de l’expression écrite et de son apprentissage par les élèves. J’observe que dans les classes, la plupart du temps, les élèves qui ont un talent d’écriture le gardent, et ceux qui ne l’ont pas ne progressent pas.
Les manuels publiés sur la question sont très souvent décevants : soit ils dérivent sur de simples exercices de grammaire ou de vocabulaire, soit ils se perdent dans l’étude interminable d’un texte de démarrage. Sans compter que pour toutes les activités proposées, il faut des tonnes de photocopies par élève… pour un résultat final dérisoire.
Ajoutons que ce qui est proposé ne tient pas compte d’un paramètre essentiel en enseignement explicite : la séance doit avoir un rythme soutenu pour maintenir l’intérêt des élèves. De même, il me paraît essentiel que cette activité d’écriture débouche sur un résultat en fin de séance, c’est-à-dire un texte écrit par l’élève en classe.
Je me rends compte de la difficulté de la tâche à laquelle vous avez le courage de vous atteler !
Cordialement.

25 10 2012
Martine Cavanagh

Bonjour,
Je vous remercie de vos commentaires. En ce qui concerne mon projet de livre, il s’agirait effectivement de reprendre les techniques de l’enseignement explicite en expression écrite tout en les situant dans le contexte plus large d’un modèle d’intervention qui tient compte de ce que nous savons aujourd’hui, d’une part, sur l’expertise rédactionnelle et, d’autre part, sur la façon dont cette expertise s’acquiert.
Voici quelques titres d’articles et d’ouvrages que j’ai écrits et qui pourraient peut-être vous intéresser :
1. Cavanagh, M. (2010). Élaborer une séquence didactique à l’écrit : selon quels principes théoriques? Enjeux, 77, 83-110.
2. Cavanagh, M. (2010). Stratégies pour écrire un texte explicatif. Chenelière-Éducation, Montréal, Québec. 192 pages, Cédérom inclus
3. Cavanagh, M. (2007). Stratégies pour écrire un récit imaginaire, Chenelière-Éducation, Montréal, Québec. 224 pages. ISBN : 978-2-7650-1798-1
4. Cavanagh, M (2005). Stratégies pour écrire un texte d’opinion, Chenelière-Éducation, Montréal, Québec. 148 pages. ISBN : 2-7651-0246-5

Cordialement,

21 10 2012
Appy Françoise

Bonjour,

Enseignante et engagée en enseignement explicite, j’observe moi aussi depuis de nombreuses années que l’expression écrite reste très difficile à enseigner. C’est un peu normal, car elle exige la maîtrise de nombreuses compétences tant au niveau de la forme qu’à celui du fond. Néanmoins, j’observe aussi que l’obstacle initial reste celui des idées : bien souvent les élèves ne savent pas que dire ou ne comprennent pas ce qui leur est demandé. C’est pourquoi il ne faut les guider explicitement dans cette phase également. Si, en plus de ne pas avoir d’idée, ils n’ont pas une bonne maîtrise du langage écrit, je vous laisse imaginer le résultat… Personnellement, j’essaie d’aller dans le sens d’un travail sur l’imitation raisonnée et sur l’automatisation des habiletés nécessaires à une bonne écriture, telles que l’orthographe, la syntaxe, la grapho motricité. Je veille aussi à partir de choses très simples et à ce que les outils que je propose soient effectivement utilisables par les élèves. Néanmoins, je serais très intéressée par un manuel qui aurait pensé tout cela à ma place et pourrait fournir un guide utile pour l’année scolaire. C’est pourquoi j’attends votre ouvrage avec impatience.

Cordiales salutations de France,
Françoise Appy

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